To whine or not to whine ?

Publié le par M4

 To Whine: de l'anglais "gémir", "pleurnicher".

Dans le milieu du poker, on en a l'habitude, une fois sur deux votre interlocuteur vous raconte son dernier bad-beat ou son manque de chance chronique... et devinez quoi ? Vous en faites probablement de même ! Ce constat vaut bien évidemment pour moi aussi.
Dans un premier temps, mettons les choses au clair: la personne à qui vous racontez vos malheurs n'en a, dans 90% des cas, rien à faire... elle a elle-même son lot de malchance et préfère tout comme vous (moi) se plaindre que d'entendre les autres le faire. Mais saouler votre interlocuteur n'est pas le principal problème.

Pour en revenir un peu au leitmotiv de ce blog, la démarche même de se plaindre de sa malchance récente, c'est se positionner dans le passé. Sauf à croire aux cycles (sous-entendu à la non indépendance des probabilités futures qui se trouveraient influencées par les résultats passés), il n'est en effet d'aucune utilité de garder en tête les résultats des sessions/mains précédentes. Pire que ça, c'est une cause de souffrance !

Je pense que tous les joueurs se reconnaitront quand je dit qu'on éprouve souvent plus de plaisir à revenir "even" d'une session ou on avait commencé par perdre 5 caves (pour un total de 0 cave donc) que de perdre 4 caves après en avoir gagné 6 (pour un résultat de +2 caves). Pourtant, rationnellement et en prenant en compte la session dans son ensemble, le sentiment global devrait être plus positif dans le deuxième cas. C'est quelque chose de maintes fois évoqué par les joueurs et de partagé par une grosse majorité d'entre-eux. La raison ? Notre esprit reste focalisé sur les évènements récents et notre ressenti global dépendra directement des évènements les plus proches.
Les souffrances sont en grande partie entretenues par nos pensées liées à des éléments passés ou à des projections futures. Quand notre esprit est occupé sur un élément présent (vous regardez une série, faite une activité sportive nécessitant une concentration etc...), il est rare de ressentir de la souffrance.
Si vous commencez votre session en perdant une cave d'EV et en vous disant "j'en suis déjà à 20 sur le mois", cela renforcera encore votre souffrance. J'étais le premier à le faire il y a de cela quelques semaines/mois et ça m'arrivera sans doute encore... mais en avoir conscience est déjà un premier point.

Jusqu'à présent je n'ai évoqué que la souffrance ressentie et renforcée par notre habitude à ne pas rester concentrer sur l'évènement présent. Bien que source potentielle de colère ou de déconcentration, cette souffrance n'est pas le seul effet négatif résultant de cet état d'esprit. Prendre cette habitude de "whiner" (intérieurement ou non) sur une période passée, aussi proche soit-elle, c'est aussi risquer d'agir de façon totalement irrationnelle comme le fait de débuter sa session en se disant "pourvu que ça ne commence pas mal" et en étant mal à l'aise. Il est aussi courant d'avoir peur de perdre ce qu'on a gagné sur le début du mois (raisonner en mois étant déjà, par nature, absurde même si on le fait tous). On peut aussi ressentir le besoin de vite fermer les tables quand on gagne (alors même que notre état d'esprit est peut-être encore très clair) mais de continuer à jouer quand on perd (parce que nos pertes récentes nous font souffrir).
Voila une multitude de comportements irrationnels issus de l'obsession qu'a notre esprit à rester fixer sur des évènements passés, et j'en oublie bien évidement, ne citant là que les plus communs parmi les joueurs.

Certains (bon joueurs) ont même osé dire ici ou là qu'un bad run relativement bien vécu (sans entrer dans un processus de lamentation, même personnel donc sans en subir les conséquences néfastes) pouvait être salutaire ! Pour ceux qui ont lu attentivement cet article, j'évoquais les leaks qu'on ne remarque pas car on ne cherche pas forcément là ou il faut chercher. Dans une période de good run, le danger est même plus pervers que ça puisqu'on ne regarde plus nulle part (à quoi bon s'attarder à jeter un œil sur les pots qu'on gagne ?). En période de bad run, il est inversement beaucoup plus facile de se remettre en question, d'améliorer son jeu etc. Bien entendu, ça suppose de réussir à vivre cette période correctement et d'en tirer partie sans en subir les conséquences néfastes.
Dans la philosophie bouddhiste il est rappelé qu'il faut aussi savoir envisager le bénéfice qu'on peut tirer d'un résultat différent de ce qu'on avait initialement prévu ou espéré ! Heureux soit le malchanceux en somme ?

Pour finir, je tiens à préciser que tout ceci n'est qu'une prise de conscience récente dans mon cas personnel, et aucunement une leçon. J'ai clairement expérimenté tous les effets néfastes évoqués et je ne prétend pas pouvoir m'en prémunir totalement aujourd'hui. Mais on est "tous" là pour y travailler...

Publié dans Psychologie

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Roseglensky 20/09/2010 15:59


Encore un bon post. Bravo pour ton blog, c'est vraiment trés intéressant, et mille fois plus important que la profondeur technique, sur laquelle on passe notre temps sur les forum.
Tu as peut etre déjà lu, PokerMindset? Le livre de référence sur la psychologie au poker. Je le démarre..

Merci pour tes réflexions.

Roseglensky


jeeby2 19/09/2010 22:15


Très sympa cette réflexion et l'approche du blog.. longue vie à lui.


Alex 19/09/2010 17:34


Les évènements désagréables marquent plus l'esprit que les goodbeats et autres rushs. C'est certainement du au fait qu'on met en place un processus de défense.