Faut-il se fixer des objectifs ?

Publié le par M4

J'ai choisi aujourd'hui d'aborder un sujet qui ne passionne apriori pas les foules (la question étant peu débattue). En effet, il est de coutume sur certaines communautés de poker, de se fixer des objectifs en début de mois. En général, on retrouve principalement des objectifs de winrate "X ptbb/100", de gains "X $", de volume "X hands" ou de limite "passer en NLX". Plus rarement on retrouve quelques objectifs liés à la gestion du tilt etc...
Que tirer de tout cela ? Est-ce nécessaire, important ou néfaste ?

J'ai personnellement pris la décision, il y a de cela plus d'un an maintenant, d'arrêter de me fixer ces fameux objectifs. La seule entorse que je fait à ce principe se situe sur le volume mais sans jamais que cet objectif soit très précis.
Comme souvent, je vais me permettre de parler de la philosophie bouddhiste pour expliquer les raisons de ce choix. Dans un premier temps, j'avais fait une partie du raisonnement par moi-même en me disant simplement qu'en plus de me sembler inutile, se fixer des objectifs précis me paraissait potentiellement néfaste mais ce n'était alors qu'une intuition.

Il est souvent dit ici ou là que les occidentaux pratiquent un certain "culte du but" dans le sens ou se fixer des objectifs est vu comme une évidence voir une nécessité. Dans la sémantique même du but, il y a une idée d'atteinte et donc de fin. On sera alors souvent tenté de raccourcir le chemin qui mène au but, au point de prendre des risques inconsidérés pour l'atteindre, ou de bâcler le travail à effectuer. L'autre problème majeur que j'y vois, c'est cette notion très manichéenne de succès ou d'échec... avouez-que dans un jeu comme le poker ou on ne cesse de tenter de se détacher du résultat (à cause de la part de hasard inhérente à ce jeu), il semble paradoxale de fonctionner ainsi. Enfin, je pense qu'on a tous connu à un moment ou à un autre, dans notre "vie de joueur de poker", cette sensation d'extrême confiance (excessive) nous menant quelques semaines plus tard à être beaucoup plus touché lors d'un retour à la réalité. De même, on a aussi tous connu des moments de doute ou le manque de confiance ne nous permet plus d'aborder ce jeu de façon sereine (et donc de jouer notre A-game). Ces notion de but, de succès ou d'échec, renvoient

directement à ces hauts et ces bas et les alimentent de façon excessive.

Pour en revenir au Bouddhisme, comme pour le concept de "Mindfulness" évoqué précédemment, le moment présent me semble être la clé de cette philosophie. On se réfère alors bien plus à l'action, à ce qu'on est en train de vivre, en train de faire. Ça n'empêche pas de vouloir progresser, bien au contraire. Il faut simplement se rendre compte que "le plus long voyage commence par un premier pas". C'est donc bien plus une histoire d'ambition, de résolution que d'objectif. La différence ? L'idée même qu'il n'y a pas forcément de fin, de but à atteindre mais un travail avant tout lié au moment présent (travail quotidien) et à renouveler, parfois, sans que ce travail prenne fin un jour.

La différence peut peut-être sembler mince mais elle me semble fondamentale. Pas tant au niveau du bien fondé ou non de se fixer des objectifs au poker mais plutôt dans notre façon d'aborder ce jeu et notre progression en général. Ce concept est bien entendu extensible à notre vie hors poker mais ce blog est volontairement axé sur ce jeu même si l'aspect psychologique pousse à nous en éloigner (du moins en apparence).

Je n'invente là encore rien du tout (et ne le ferai probablement jamais). Une fois de plus, Tommy Angelo en parle dans le deuxième épisode de sa série "Eightfold Path to poker Enlightenment" sur DeucesCracked. Il ne fait pas directement le lien avec le Bouddhisme dans cette série vidéo mais après avoir parcouru quelques sites à ce sujet, on voit rapidement d'où il tire son enseignement.

N.B: Je tenais à préciser que ce blog n'est pas une ode au Bouddhisme. Étant d'ailleurs personnellement athée je ne tente de convaincre personne et ne prêche pour qui que ce soit. Je m'en expliquerai plus précisément dans un futur article.

Publié dans Psychologie

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mehden 25/09/2010 18:51


Félicitation pour ton blog, j'aime bcp ton approche, je reviendrai souvent y faire un tour.
Concernant les objectifs à se fixer ou pas, personnellement je m'en suis fixer pour cette année, les ayant rempli tout sauf un, sans m'en rendre compte immédiatement, j'en avais fait mon chemin de
croix et j'ai bien failli déguster, heureusement je m'en suis rendu compte,je m'en suis détaché complétement et quelques semaines plus tard ce dernier objectif était atteind.
Je crois pas trop au hasard, finalement se mettre des objectifs sans détachemant peut-être très néfaste.


LeSage88 18/09/2010 16:02


Article très intéressant, et qui remets en question ce que je pensais sur l'intérêt de se fixer des objectifs au poker en particulier et dans sa vie en général...
Bravo pout ton blog!


M4 18/09/2010 16:38



Merci pour vos commentaires !


Je viens de me rendre compte que l'article comprenait quelques "coquilles" (phrases non terminées ou élements déplacés) que je viens de corriger rapidement. Désolé pour la gène occasionnée.



Alex 13/09/2010 16:31


Les objectifs de gains sont useless vu qu'on est soumis à la variance.

Les seuls objectifs raisonnables sont ceux qu'on peut atteindre (j'arrête de jouer KQ utg par exemple), ils évitent la frustration.


Coyote 13/09/2010 15:20


Je partage ton point de vue et le fait de me fixer des objectifs à généralement un effet négatif et non positif. Peut-être est-ce dû au fait que le poker est avant tout un plaisir, associé à une
part de compétition mais non une totale compétition avec pour but d'être "le meilleur".


keefkeef 13/09/2010 12:57


juste un petit mot d'encouragement pour ton blog qui promet d'être captivant...j'adhère complètement aux bénéfices d'une approche zen/bouddhiste pour se donner les moyens de progresser. continue!